Le prix au kilo du cuivre chez un ferrailleur ne se résume pas à un cours unique. Entre du Millberry dénudé neuf et du cuivre mêlé chargé en brasures, l’écart atteint couramment 0,50 à 1 €/kg. Cette différence, souvent sous-estimée, repose moins sur la nature du métal que sur son état de surface, son degré de pureté et la rigueur du tri en amont.
Rendement réel du tri : la variable qui pèse plus que le cours affiché
Les grilles tarifaires des ferrailleurs affichent des catégories claires (dénudé, mêlé, câbles). Nous observons pourtant que la qualité du tri pèse davantage sur le prix net que la catégorie elle-même. FerrailleMonitor documente une perte de plus de 2 €/kg lorsque des câbles cuivre à haut rendement ne sont pas séparés des câbles médiocres avant la vente.
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Concrètement, un lot de câbles RO2V dénudés correctement triés se négocie nettement plus cher que le même lot mélangé avec des câbles informatiques RJ45 ou des fils étamés. Ce mélange fait tomber l’ensemble dans la catégorie mêlé, avec un prix sensiblement inférieur. La différence ne vient pas du cuivre lui-même, mais de ce qui l’accompagne.

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Ce mécanisme explique pourquoi deux vendeurs apportant la même masse de cuivre repartent avec des montants très différents. Le premier a trié, séparé, dénudé. Le second a tout jeté dans le même sac. Le ferrailleur applique alors le prix de la catégorie la plus basse du lot.
Cuivre rouge dénudé, Millberry, mêlé : grille tarifaire comparée
Les appellations varient selon les négociants, mais trois grandes catégories structurent le marché du rachat chez les ferrailleurs français.
| Catégorie | Description | Prix indicatif /kg |
|---|---|---|
| Cuivre Millberry dénudé neuf | Fil électrique nu, brillant, sans oxydation ni soudure | 9,50 – 9,90 € |
| Cuivre dénudé souple/tresse/méplat | Cuivre électrique dénudé, formes variées | 8,70 € |
| Cuivre mêlé (tuyaux, plomberie) | Tuyaux, raccords, pièces avec brasure ou dépôts possibles | 8,50 € |
| Corps de chauffe étamé | Cuivre avec revêtement étain | 7,50 – 8,00 € |
| Câbles RO2V (non dénudés) | Câbles gainés à rendement cuivre élevé | 3,00 – 3,40 € |
| Câbles informatiques RJ45 | Câbles gainés à faible rendement cuivre | 2,40 – 2,50 € |
Ces tarifs proviennent de grilles publiées par des ferrailleurs comme SAR 93 et reflètent des prix de rachat, pas des cours de bourse. L’écart entre Millberry et mêlé tourne autour de 1 €/kg, mais il se creuse fortement dès que le cuivre reste gainé.
Brasure, peinture, calamine : ce qui fait basculer un cuivre rouge en mêlé
Un tube de cuivre rouge issu d’une installation de plomberie n’est pas automatiquement classé en « cuivre propre ». La présence de brasure, de peinture, de calamine ou de dépôts calcaires suffit au déclassement en cuivre mêlé. Le métal sous-jacent peut être strictement identique, mais le ferrailleur paie moins parce que le coût de retraitement augmente.
Une tuyauterie cuivre propre, rouge et brillante, sans brasure, est payée comme du cuivre dénudé. La même, avec soudures à l’étain ou résidus de flux, passe en mêlé. Cette distinction, rarement explicitée dans les grilles tarifaires, représente pourtant un levier de négociation direct.
Nous recommandons de systématiquement couper les brasures aux raccords avant de présenter un lot de tuyauterie. Le temps passé à cette opération se rentabilise dès quelques kilos : sur un lot de 20 kg, la différence entre un classement dénudé et un classement mêlé représente facilement 10 à 20 €.
Les critères qui déclassent un lot
- Brasures à l’étain ou à l’argent sur les raccords, même en faible quantité, car le ferrailleur ne va pas les retirer pièce par pièce
- Peinture, vernis ou résidus de colle sur les tubes, qui obligent un passage en four avant refonte et augmentent le coût de recyclage
- Oxydation noire (calamine) ou dépôts calcaires importants, qui ajoutent du poids non valorisable au lot
- Mélange de cuivre avec des raccords en laiton ou des pièces en bronze, qui fait tomber l’ensemble dans une catégorie hybride moins bien payée
Dénuder ses câbles cuivre : seuil de rentabilité et limites pratiques
Le passage d’un câble gainé à du cuivre dénudé multiplie le prix au kilo par trois environ. Un câble RO2V se vend autour de 3 €/kg gainé, contre un tarif nettement supérieur une fois le cuivre extrait.
La rentabilité du dénudage dépend du type de câble et du volume. Sur des sections fines (câbles informatiques, fils de signalisation), le temps de dénudage manuel est disproportionné par rapport au gain. Pour les sections plus importantes, l’opération devient rentable, surtout avec un outillage adapté.

Les câbles informatiques RJ45, payés environ 2,40 €/kg gainés, contiennent des brins fins qui, même dénudés, ne se vendent pas au tarif Millberry mais plutôt en cuivre mêlé ou étamé. Dénuder un câble RJ45 n’a presque aucun intérêt économique pour un particulier ou un petit artisan.
Prix du cuivre mêlé versus cuivre dénudé : simuler le gain sur un chantier type
Prenons un cas concret. Un plombier récupère 30 kg de tuyauterie cuivre sur un chantier de rénovation, plus 10 kg de câbles électriques gainés RO2V.
Sans tri, l’ensemble part en cuivre mêlé à 8,50 €/kg pour la tuyauterie et 3 €/kg pour les câbles. Total brut : 255 € + 30 € = 285 €.
Avec un tri rigoureux (découpe des brasures sur la tuyauterie, dénudage des câbles RO2V), la tuyauterie propre passe en catégorie dénudé à un tarif supérieur, et le cuivre extrait des câbles se vend lui aussi dans une catégorie mieux valorisée. Le gain net par rapport au lot non trié dépasse facilement plusieurs dizaines d’euros pour quelques heures de travail.
Ce calcul illustre un point que les grilles tarifaires seules ne montrent pas : le tri transforme un déchet passif en matière valorisée. Sur une année, pour un artisan qui intervient régulièrement, les montants cumulés justifient l’investissement dans une dénudeuse et un protocole de séparation systématique des métaux.
Le cours du cuivre au London Metal Exchange fixe la tendance générale, mais le prix réel perçu par le vendeur se joue dans ces détails de classement. Un kilo de cuivre reste un kilo de cuivre, sauf qu’entre le Millberry et le mêlé, le ferrailleur ne paie pas le même métal.

